07 octobre 2013

Gris chagrin

Je n'avais plus goût à rien depuis ce jour funeste ou ma mère et ma jumelle avaient disparu. Tout était devenu gris, terne, sans aucun éclat, sans lumière, sans vie.

J'avais refusé de les accompagner faire des courses, préférant les laisser entre fille à papoter dans les magasins, car les attendre des heures m’horripilait. Je préférais rester seul avec ma console de jeux qu'au milieu de la foule bruyante.

Mais sur le trajet, leur voiture avait été percutée à pleine vitesse par un camion dont les freins avaient lâchés. Si j'avais été là, peut-être l'aurais-je vu arriver, peut-être aurais-je obligé ma mère à s’arrêter à ma boutique de BD préférée, évitant ainsi le croisement au moment ou le camion avait grillé le stop. J'aurais au pire disparu dans le néant en même temps qu'elles, sans souffrances, sans regret. Mais je n'avais pas jugé bon d'y aller, et elles ne reviendraient jamais.

Planté devant les cercueils laqués d'une couleur indéfinissable mes larmes roulaient sur mes joues. Ils descendaient doucement dans le sombre tombeau, emportant mes derniers souvenirs de bonheur. Je regardai autour de moi, sans rien voir, hormis ce brouillard grisâtre qui m'accompagnait depuis que j'avais appris la nouvelle de la bouche d'un agent de police lambda.

Le ciel de plomb couvrait tout. Les arbres aux troncs noueux, couverts de lichen, sans feuilles, bruissaient comme les lames d'aciers des escrimeurs. Ma douleur et ma peine éteignaient toute joie, toutes couleurs. Plus rien n'avait d'importance. J'étais détruit, le cœur enfermé dans une gangue de béton et placé dans ces boites au côté de ceux que j'aimais et qu'un marbre de carrare blanc veiné d'argent allait recouvrir à jamais.

Avec mon père, nous rentrâmes enfin chez nous. « Chez nous », ça n'avait plus aucun sens, car il y manquait la plus belle part. Machinalement, il prépara le dîner, sans rien dire, comme il le faisait chaque soir depuis une semaine. Nous nous assîmes l'un en face de l'autre, sans décrocher un mot. Je coupai et poussai la nourriture sur le bord de l'assiette, sans rien avaler. J'avais bien perdu déjà trois kilo, mais je ne m'en souciais pas. Qu'étais ce au regard de l'absence pesante des êtres qui avaient fait mon bonheur.

―Lundi, tu retourne au lycée. Les vacances sont finies.

La voix monocorde de mon père semblait à la fois impérieuse et sans conviction. Mais il avait raison, il fallait que je retourne à cette vie, comme si rien n 'était arrivé, ou que j'y mette fin, chose que je ne pouvais concevoir. Ma sœur ne l'aurait pas admis. Pourtant, le plomb du remord pesait sur mes épaules.

J'avalai une bouchée, sans aucun plaisir. Elle n'avait aucune saveur, seul le goût de cendre emplissait ma bouche, mais je me forçai à ne pas la recracher. C'était le signe de mon accord tacite avec lui.

Je me levai, débarrassai en vitesse, poussant les aliments dans la poubelle, avant de glisser machinalement mon assiette dans le lave vaisselle et montai me coucher, souhaitant que lundi vienne vite, ça ferait toujours quelques jours de moins à attendre que tout soit fini.

 Allongé sur le dos, je regardais le plafond, sur lequel les ombres de la rue dansaient, sans trouver le sommeil. Mes longs dialogues avec Justine me revenaient, me manquaient, comme un fantôme du passé. J'écrasai une larme rageuse et me retournai, encore et encore, jusqu'à ce que le réveil sonne. Je filai alors sous la douche, me préparai en vitesse, attrapai mon sac sans vérifier ce qu'il contenait et descendai.

Mon père était déjà partis au boulot. Il s'investissait à fond dans son job afin de ne pas penser. Tout moment de liberté de nos esprit nous ramenait systématiquement aux jours heureux, et la souffrance qui en découlait était épouvantable. Une lame d'acier glacée et tranchante semblait alors me fouailler les entrailles.

J’ouvris le réfrigérateur d'un geste machinal, il était quasiment vide. Évidemment, Maman n'était plus là pour veiller au bon approvisionnement. Je repoussai la porte aluminium sans rien toucher, la boule qui gonflait dans ma gorge me coupant de toute façon l’appétit. Je sortis de la maison, claquant la porte pour la fermer, et gagnait l’arrêt du bus. Tous les passagers, des voisins, des amis, me regardaient d'un air peiné, chuchotant à qui mieux-mieux à mon approche. Lorsque je m’arrêtai près d'eux, les discussions s'éteignirent.

Le véhicule s’arrêta et je m'engouffrai, m'affalant sur un siège libre. Le vide se fit autour de moi. Je ronchonnai en pensant à la bêtise humaine. Je n'avais pas la gale. J'étais juste malheureux, ça n'avait jamais été contagieux. Je me concentrai alors sur la barre bétonneuse de la cité voisine qui s'éloignait, attendant impatiemment de sortir enfin de là. J'aurais bien à l'arrivée quelques amis qui tenteraient de me changer les idées. Je descendis donc avec empressement, pour trouver le parking noire d'une foule qui me regardait comme une bête curieuse.

Le vide se faisait devant moi à chaque pas, alors que les conversations s'éteignaient, toujours et encore. Même mes meilleurs potes s’éloignaient. De rage et de frustration je me mis à courir et gagnai ma salle de classe sans même savoir ou j'allais réellement. J'aurais aimé me perdre dans le dédale de ces murs bistres, comme ma raison s'enfuyait dans le smog cendreux de ma dépression.

Une fille attendait devant la porte. Pas n'importe laquelle, celle dont tous les garçons rêvaient la nuit, mais qui hautaine, n'adressait la parole qu'à une ou deux personnes sur tout le lycée. J'allais passer devant elle lorsqu'elle posa sa main sur mon bras.

―Je suis désolée, je te présente toute mes condoléances, dit-elle d'une voix douce.

Je grimaçai un sourire et la regardai enfin dans les yeux. Dans tout ce gris qui m'entourait depuis des jours, ils émettaient une lumière magnifique qui traversait le brouillard dans lequel j'évoluais. Ils auraient était vert ou bleu que j'aurais enfin pu retrouver un peu de couleur. Mais sortis de cet éclat brillant, ils avaient la douceur et la teinte particulière d'une perle de Tahiti. C'était tout de même comme une bouffée d'oxygène pour moi et j'inspirai profondément comme si ce devait être la dernière fois. Je réalisai alors qu'elle étais venu à l'enterrement, contrairement à tous les autres élèves de ma classe. Même ceux que je côtoyais depuis toujours, que je nommais mes amis, ne s'étaient pas déplacés.

―Je te remercie...d'être venu.

Elle hocha la tête. Comprenait-elle toute l'importance que ça avait pour moi ?

―Si tu as besoin de quoique ce soit, tu peux compter sur moi, conclu-t-elle en me tendant une carte de visite.

Son prénom et son numéro de téléphone ressortait étain sur le blanc glacé du papier, noyé dans ma grisaille quotidienne.

Je hochais la tête et enfouissait le bout de carton dans ma poche de jeans. La sonnerie métallique de la cloche retentit et nous nous engouffrâmes dans la classe suivi par les autres élèves qui n'avaient pas osé passer devant nous. Le prof arriva sur cela, hocha la tête de surprise en me voyant, et débuta l'appel.

 La journée se passa ainsi, entre étonnement des enseignants, mots de soutiens de leur part, silence pesant de mes connaissances et leçons qui me semblaient totalement inutiles. A quoi bon emmagasiner toutes ses informations si tout devait s’arrêter demain ? Ne tenant plus, je fus soulagé en quittant le dernier cours et décidai de rentrer à pied plutôt que d'affronter encore la foule d'un moyen de transport bondé.

Je marchais lentement. J'avais la tête qui tournait. Entre mon manque de sommeil et de nourriture, ce n'était guerre surprenant. Mais il était hors de question que je monte dans le bus scolaire. Celui de la ligne 34 ne me tentait pas plus. Une odeur de sueur rance et de fer surchauffé les habitaient, l'un comme l'autre, sans compter les passagers qui me regarderaient de travers. Je déglutis difficilement alors que l'angoisse de la solitude m'étreignait à nouveau. J'étais rentré à pied ainsi tellement de fois avec Justine. Les cendres froides envahirent à nouveau ma bouche et je vomis la bile acide qui m'emplissait l'estomac. Je me redressai difficilement lorsqu'une voiture s’arrêtait à ma hauteur.

― Monte, je vais te ramener.

Elle me regardait depuis le siège conducteur par la vitre à moitié baissée.

―Samantha, c'est ça ? demandais-je en me dirigeant vers la voiture.

Elle hocha la tête, alors que j'ouvrais la portière et m'installais à ses côtés.

―Je ne veux pas rentrer, dis -je sur une impulsion.

―Ok, je t'emmène chez moi.

Elle démarra sans rien dire, me laissant me perdre dans les méandres de mes pensées et des rues qu'elle empruntait. Elle se gara dans une allée d'un luxueux pavillon du beau quartier, coupa le moteur et ouvrit sa portière. Sans m'attendre, elle descendit et se dirigea vers l'entrée, jouant avec ses clefs, avec lesquels elle ouvrit la porte. Elle se retourna et me fis signe de la suivre alors que je n'avais pas encore bougé. Son invitation me permit enfin de réagir. Je la rejoignis prestement et m'engouffrai derrière elle.

Elle me conduisit jusqu'à la cuisine, et prépara deux chocolat chaud, utilisant du vrai chocolat noir qu'elle fit fondre dans le lait. Elle poussa vers moi le second mug.

―C'est le meilleur remède.

―Tout a un goût de cendre ou de métal, précisais-je.

―Il faut du temps, conclu-t-elle en soufflant sur sa tasse.

J'avalai une gorgée brûlante, mais seule la chaleur se fit sentir. Un goût de papier mâché brûlé envahit ma bouche. Je reposai la boisson sur le plan de travail, me détournant.

Samantha s'approcha, et me remis le chocolat entre les mains, doucement mais fermement.

―Tu as besoin de te nourrir.

Je me forçai alors à tout boire, et lorsque je lui tendai le récipient vide, elle me sourit.

―Il est l'heure de te ramener maintenant.

Je remarquai alors qu'il m'avait fallut près de deux heures pour tout boire. Elle me raccompagna alors jusqu'à chez moi et attendit que je sois rentrer pour repartir. Je me retrouvai alors seul, jusqu'au retour de mon père qui me trouva assis dans le noir. Nous dînâmes d'un plat chinois qu'il avait acheter en rentrant auquel je touchais à peine, puis je montai et arrivai à dormir quelques heures.

 Les jours passèrent ainsi. Samantha passait me chercher le matin, me nourrissait après le lycée et me ramenait. Nous parlions très peu, et ça m'allait comme ça. Je ne voyais plus mes copains. Seul un ou deux venait me voir de temps en temps, pour savoir comment j'allais mais la discussion coupait souvent court. Je n'avais plus rien à dire. Ils avaient beau m'interroger sur la fille qui ne me quittait pratiquement plus, je ne leur répondais pas. Ils venaient d'ailleurs uniquement pour elle, je n'étais pas dupe, surtout quand les vacances commencèrent.

Noël passa, morne, le pire de toute ma vie. Mon père avait essayé de faire un sapin, mais devant mon peu d'entrain, il avait fini par tout jeter dans le jardin de colère. Il piquait des crises de plus en plus souvent. Son teint rougeaud et bouffi indiquait qu'il s'était mis à boire. Samantha avait même un soir fait la chasse aux bouteilles après que je lui eu parlé du problème. Elle me poussait à en discuter avec lui, mais je ne savais pas par ou commencer. Je laissais donc la situation pourrir doucement, jusqu'au jour ou je le retrouvai affalé contre la porte de la maison, ivre mort, alors que je partais pour le lycée. Heureusement, malgré l'hiver, la nuit avait été douce.

Le soir quand il rentra, tard, titubant, je l'attendais assis dans le salon, un bouteille de whisky posée devant moi sur la table basse et un verre à la main. De sa conscience brumeuse émergea un hoquet de surprise, car il ne m'avait jamais vu boire une goutte d'alcool jusqu'à ce jour.

―Tu as un problème, dis-je d'une voix posée.

―Tu bois ? demanda-t-il.

―Non ! Et je posais le verre devant moi.

Il s 'assit lourdement dans le canapé, et se mit à pleurer. Sa main se leva pour se saisir de la boisson, mais retomba lourdement à ses côté, alors que des sanglots secouaient son corps.

―Je n'y arrive pas sans elles, dit-il juste.

―C'est difficile aussi pour moi, et sans toi, je n'y arriverais pas.

Il essuya ses yeux d'un revers de manche et me regarda surpris.

―Tu te détruis avec cette merde. Tu es absent de plus en plus souvent. Tu t 'effondre même avant d'avoir réussi à rentrer dans la maison. Si tu ne te reprends pas très vite, tu va y rester d'une façon ou d'une autre. Tu m'abandonne, alors que je n'ai plus que toi.

J'avais parlé très vite, sans agressivité, peu être un peu de dépit, mais au moins, c'était sorti. Je me levai nerveux et commençai à faire les cent pas dans le salon. Il se tenait la tête des deux mains, tirant sur ses cheveux. Cela dura une éternité me sembla t-il, puis il se redressa, se saisi de la bouteille et la vida dans l'évier de la cuisine. Il sorti un sac poubelle et fit le tour de ses caches, ramassant tout l'alcool qu'il avait planqué avant de lui faire suivre le même trajet vers les égouts. Il transpirait à grosse goutte, mais se planta devant moi.

―Tu m'aides pour porter le verre au recyclage ?

Je hochai la tête positivement. Nous avions gagné une bataille et nous allions nous serrer les coudes pour gagner la guerre.

 Le lycée repris avec son rythme monotone. Je m'ennuyais, mais j'arrivais enfin à me concentrer un peu sur mes cours. En travaillant, la douleur était moins vive, en fait je m'occupais l'esprit pour ne pas penser.

Avec mon père, nous sortions beaucoup, rester à la maison ne nous réussissait pas trop. Chaque tableau, chaque meuble, chaque pièce étaient le rappel d'un souvenir heureux, et le poids de ces fantômes nous faisait souffrir. Moins nous y étions et mieux nous nous portions. Nous fîmes tout ce que nous n'avions jamais oser faire auparavant, des activités père-fils comme du parachutisme, beaucoup de musée, de cinéma, mais nous avions conscience que ça ne faisait que meubler notre solitude. Mon environnement restait plombé d'étain et de brouillard.

Nous commençâmes alors à parler de déménager, changer de région pour tourner la page. L'idée semblait bonne, mais quelque chose me déplaisait et je ne savais pas quoi. Il cherchait une nouvelle résidence, mais dès qu'il parlait de m'emmener, je prétextais des devoirs afin de ne pas l'accompagner.

 Le bac approchait à grand pas et si j'étais prêt, je n'étais pas heureux pour autant. Mon père avait trouvé la maison de ses rêves et avait fait une proposition, car sa boite avait en plus une annexe par là-bas et lui proposait une mutation.

Un soir de révision chez moi, j'en parlais à Samantha, et une larme vint brouiller son regard si lumineux. Je posais ma main sur sa joue et essuyait cette goutte d'eau qui débordait d'un revers de pouce, sans réaliser l'intimité d'un tel geste. Je savais juste que je ne voulais pas qu'elle soit triste. Cela m'était insupportable. Il y avait déjà trop de peine dans mon cœur, ça débordait.

―Ne pleure pas, s'il te plaît.

Elle se pencha alors vers moi et posa un baiser sur mes lèvres avant de s'enfuir, laissant là toutes ses affaires. Ce fût pour moi un véritable électrochoc. Tout mon corps était en feu, mon âme se consumait alors que je réalisais ce qu'il venait de se passer. Je me levai et me mis à sa recherche. Je la retrouvai rouler en boule sur le sol,sanglotante près de sa portière de voiture. Je m'allongeai à ses cotés et l'attirai contre moi. Alors qu'elle se calmait, je saisis son visage et lui rendis son baiser, doucement, langoureusement, appréciant chaque impression, chaque contact, les yeux fermés pour ne perdre aucun instant de ce moment magique. Je relâchai finalement la pression sur sa nuque alors que nous reprenions notre souffle. Je n'osais ouvrir les yeux, de peur que tout cela ne soit qu'un rêve et que je me réveille dans mon terne quotidien. La caresse de sa main sur ma joue me tira alors de cette angoisse.

J'ouvris les yeux et ce fut alors un véritable arc-en-ciel de couleurs. Le bonheur était revenu. Mon père nous regardait depuis la porte d'entrée, un sourire sur le visage.

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03 janvier 2013

L’Amant, la femme…et le mari

Je n’étais pas vraiment en avance, mais je freinais ma course devant le bâtiment. La grande messe du lundi matin allait commencer. Essoufflé, je pressais le pas pour rejoindre l’ascenseur, la chemise à moitié sortie du pantalon par l’effort fournit. J’allais devoir me rafraîchir avant de gagner cette maudite réunion de service hebdomadaire.

-Nicolas, vous tombez bien! m’interpella le directeur. Je grognais de dépit, mais il ne m’entendit pas.

Il se dirigeait vers moi, accompagné d’une jeune femme brune.

-Je vous présente Marion, notre nouvelle publicitaire. Elle est en charge de promouvoir la société. Avec elle, la liste de nos prospects va décoller. Je compte sur vous pour qu’elle se sente bien, bichonnez là. Et présentez-là à vos collègues, je ne peux pas rester ce matin, me déclara-t-il,s'éloignant déjà.

Il nous planta là sans plus de commentaires. J’invitais donc sans conviction notre nouvelle collaboratrice à me suivre. Je la traînais jusqu’à mon bureau pour récupérer mes dossiers, puis jusqu’à la salle de conférence, sans passer par la case miroir et lavabo. Sur ce trajet, elle me posa un tas de questions, sur mes fonctions, sur les collaborateurs avec lesquels je travaillais, l’ambiance. Je ne pouvais pas la planter là pour me rendre présentable et je détestais paraître débraillé. Elle m’agaçait, comme toute les femmes d'ailleurs. Mais au final, je répondis poliment, me souvenant de mes débuts difficiles ici même. Elle sourit quand je lui révélais que j’étais un des créatifs. Elle me fit la remarque que nous allions donc souvent travailler ensemble. Il ne me manquait plus que ça.

Je débutais la réunion en excusant le directeur, puis en la présentant, et je laissais finalement la parole à l’intervenant du jour pour m’installer confortablement. La réunion était en général assez longue. J’observais discrètement la petite nouvelle, comme chacun. Je m’aperçus rapidement que ses voisins lui faisaient du pied. Elle semblait mal à l’aise, se tortillant sur sa chaise. Mieux valait elle que moi, j'avais déjà donné avec toutes les filles du service.

Elle était plutôt mignonne ainsi. Je souris, en pensant à mon compagnon, Mathieu qui devait rentrer de déplacement dans les prochains jours. Ça faisait trois mois que nous ne nous étions pas vu et il me manquait. Il se moquerait de moi si je lui avouais que j’avais trouvé une femme agréable à regarder.

La réunion se terminant, je me réfugiais dans mon bureau pour ne pas avoir à aller déjeuner avec les autres. Ils ne m’aimaient pas.

Un toc discret à ma porte me fit relever le nez du dossier sur lequel je travaillais. Marion passait sa tête dans l’entrebâillement:

-Vous ne venez pas déjeuner? demanda-t-elle d’une petite voix.

-Non, je vous remercie, répondis-je.

Elle s’introduisit dans la pièce sans avoir été invitée et s’assit sur la chaise en face de moi.

-Est-ce que je peux me cacher ici? me supplia-t-elle

Je la regardais, surpris. Mais je pouvais la comprendre.

-La réunion…bien sûr, il n’y a pas de problème. Si vous souhaitez déjeuner avec moi, je descendrais d’ici dix minutes. Je connais un «salad bar» ou l’on est tranquille en général, proposais-je, compréhensif.

-Avec plaisir, dit-elle en soupirant de soulagement.

Nous passâmes ainsi la pause déjeuné, discutant de choses et d’autres dans mon repère secret. Mes collègues homophobes n’y mettaient jamais les pieds. A la fin du repas, elle déposa un baiser léger sur mes lèvres, puis me remercia. Je sursautais sans rien dire, avant de l’inciter à regagner nos bureaux respectifs.

J’étais déconcerté. Son baiser m’avait électrisé.

 

Les jours passèrent ainsi. Elle s’échappait discrètement pour déjeuner en ma compagnie. Et à chaque fin de repas, elle m’embrassait, sans que je fasse le moindre geste pour la repousser. Je pensais à Mathieu. Je ne savais plus quoi faire. Il me manquait tellement. Mais elle m’attirait de plus en plus. J’avais peur de la faire fuir si je lui avouais la vérité.

La solution arriva d’elle-même, lorsqu’un collègue nous surpris.

-C’est la meilleur, l’homo qui se tape la petite nouvelle, ça va jaser au bureau!

Marion me regarda, elle avait l’air surprise. Je ne baissais pas les yeux, je n’avais pas honte de ce que j’étais, au contraire. Elle me sourit doucement, et regagna la société seule, bousculant le malappris au passage. Il me raccompagna de ses sarcasmes jusqu’à ma porte, mais ne poursuivit pas car il avait un rendez-vous. Je me réfugiais dans la pièce et soupirais de soulagement.

Je sursautais quand mon fauteuil pivota, révélant Marion qui s’y était cachée.

-Tu aurais pu me le dire. Je comprends mieux pourquoi tu ne réponds pas à mes avances, dit-elle.

Je fermais par réflexe la porte de mon bureau à clef et m’assis sur la chaise qu’elle avait occupée quelques jours plutôt.

-Non, c’est plus compliqué, répondis-je juste en prenant ma tête entre mes mains. Mathieu n’allait pas du tout apprécier, mais je n’en pouvais plus. Je ne contrôlais plus rien. S’il était rentré, je ne serais peut-être pas dans cet état. Il devait revenir ce fameux lundi ou le directeur m’avait présenté Marion. Il avait repoussé. Il repoussait tous les soirs son retour. Je n’en pouvais plus.

-Tu veux dire que je te plais?

Je haussais la tête dans un signe d’assentiment.

Elle se leva et s’installa sur mes genoux, son front contre le mien. Elle m’embrassa d’abord doucement, je lui rendis son baiser et c’est finalement essoufflée qu’elle se leva en disant:

-Rendez-vous 17h30 en bas. Son ton était sans appel.

Je la laissais partir sans répondre. Je ne savais plus ou j’en étais. Mon corps en feu après plus de trois mois d’abstinence désirait cette femme. Elle me rendait dingue. Qu’allais-je dire à Mathieu? Que m’arrivait-il?

L’après-midi traîna en longueur. Le directeur qui avait eu vent des bruits de couloirs, passa la tête dans mon bureau pour me faire une réflexion. C’était plutôt pour moi une distraction bienvenue.

Mais à 17h30 tapante, j’étais près, la main sur la poignée de la porte, sans pouvoir l’ouvrir, tétanisé par la peur.

Marion s’en doutait. Elle passa me chercher. Je l’entraînais chez moi. Je n’imaginais pas ce qui pourrait bien se passer entre nous. J’aimais Mathieu corps et âmes, même si je n’avais pas de nouvelles sur son retour prochain. Je tentais de me rassurer mentalement de tout un tas de platitudes. Après tout ce n’était pas une femme qui pouvais changer ma nature.

 

Nous étions installés dans le salon, un verre de vin blanc à la main, discutant de notre vie respective. Je découvris qu’elle était mariée, mais que son mariage prenait l’eau. Elle était revenue en France pour essayer de le sauver.

Je parlais de Mathieu, de mon amour pour lui. Je lui expliquais mes craintes, mon sentiment de solitude.

La soirée se déroulait au rythme des verres que nous vidions. Nous nous comprenions. La discussion allait bon train et Marion me servait verre sur verre. Deux bouteilles vides traînaient déjà sur la table.

Mais l’alcool aidant, nos inhibitions finirent par tomber, surtout les miennes. L’abstinence que j’avais pratiquée en attendant le retour de l’être aimé, me dévastait à présent. Je n’avais plus qu’une seule envie, connaître à nouveau cette sensation charnelle qui m’avait tant manquée. J’avais besoin de contact, quel qu’il soit.

Marion m’avait retiré ma chemise, sans que je m’en rende compte. Je lui caressais les cheveux. Elle m’embrassa. J’étais gauche, je n’avais jamais connu de femme, et n’osais rien.

Je n’entendis pas la clef tourner dans la serrure, mais les pas dans le couloir m’alertèrent. Je la repoussais fermement et me levait, rougissant.

Mathieu se jeta dans mes bras sans rien voir de la scène, et m’embrassa sans retenue. Je baissais les yeux, les joues en feu sous le regard de Marion, qui s’était relevée.

-Tu m’as tellement manqué, me dit-il, alors que je le repoussais doucement. Mon esprit était en ébullition. Comment lui expliquer ce qui se passait ici, alors que je ne le savais pas moi-même, malgré les apparences? Je me sentais mal. J’avais déjà beaucoup trop bu, les pieds lourds et la tête trop légère.

Marion s’approcha de nous, me caressant le dos. Mathieu lui sourit et commença à l’embrasser, la déshabillant habilement d’une main, alors qu’il me caressait les cheveux.

Je ne comprenais plus rien. Tout tournait autour de moi. Je me laissais tomber dans le fauteuil le plus proche en grimaçant. J’avais horreur quand Mathieu le faisait. Ça abîmait l’assise.

Marion me resservit un verre de vin, alors qu’il se glissait à mes côtés pour me mordiller le lobe de l’oreille. Je m’abandonnais à ses caresses, ne voulant plus penser à rien d’autre. Je descendis le liquide clair d’une traite, alors que Marion dégrafait mon pantalon.

 

Je me réveillais le lendemain matin dans le canapé, blottis dans les bras de mon amant. Mathieu me regardait en souriant. J’avais un sacré mal de crâne, mais son baiser apaisa les élancements. Je ne me souvenais de rien de ce qui s’était passé à partir de ses premières caresses dans le fauteuil. Est-ce que j’avais rêvé? Se connaissaient-ils? Ces questions relancèrent ma migraine.

-Ouch.

Une odeur de café et de toast flottait dans l’appartement. Marion apparut dans l’encadrement de la porte de la cuisine, un verre d’eau à la main.

-Tu es réveillé, c’est parfait, le petit déjeuné est prêt, dit-elle dans un sourire.

Elle se pencha sur moi et m’embrassa, puis elle embrassa Mathieu avec la même tendresse.

Mon expression devait vouloir tout dire. Ils explosèrent de rire.

-Nous aurions dû tout te dire, mais j’avais peur de te perdre. Je sais que tu es quelqu’un de droit, et que sans alcool, tu n’aurais pas accepté tes propres sentiments aussi facilement, reprit Mathieu. Il me rappelait ainsi comment il m’avait fait admettre que je l’aimais bien des années auparavant. C’était plutôt un bon souvenir. Et j’avais déjà eu une sacré gueule de bois à l’époque, mais j’en avais au moins gardé le souvenir.

Marion me tendit un cachet et le verre d’eau avec un sourire. J’avalais le premier en buvant un peu, espérant que l’effet se ferait sentir rapidement.

-J’ai eu du mal à accepter la situation aussi, rassure-toi. Mais quand je t’ai rencontré, j’ai su que tout était possible. Mathieu n’était pas d’accord avec cette idée. Quand je lui ai dit que j’avais rendez-vous avec toi hier après-midi, il ne voulait pas le croire. Mais c’est lui qui m’a dit quoi faire, m’expliqua Marion.

-Je vous aime tous les deux et je ne veux pas vous perdre, ni l’un ni l’autre, reprit-il.

Je commençais à comprendre. Et moi qui avais eu peur quand il était arrivé! Je me redressais et me pris la tête dans les mains. Le vin blanc ne me réussissait décidément pas. Ils allaient au moins me payer cette traîtrise-là.

Je me levais sans rien dire, décidé à leur faire passer l’envie de me manipuler à nouveau. Et puis j’avais besoin de temps pour analyser ce qui se passait, ce que je ressentais. Je me dirigeais vers la salle de bain. Je voyais leur visage se décomposer au rythme de mes pas.

Je ne pouvais pas les laisser dans l’expectative plus longtemps. Je n’aimais pas faire souffrir inutilement. Je me retournais:

-Ne me faites plus jamais boire pour arriver à vos fins.

La tension se relâcha, je souris et quittais la pièce fière de moi en sifflotant.

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31 décembre 2012

Un homme, un amant, une femme.

Je marchais le long de l’avenue, ne regardant ni les vitrines, ni les passants et encore moins les voitures qui circulaient. L’une d’elles avait déjà failli me renverser alors que je traversais dans un état second. Je venais de quitter mon compagnon pour aller bosser, et ce qu’il venait de m’annoncer, me rendait dingue.

            Le pire, c’est que je n’avais rien vu venir, alors que nous nous fréquentions depuis nos années de lycée. Nous avions fait tous notre cursus scolaire dans les mêmes écoles. Nous vivions ensemble depuis huit ans maintenant. Il était parti trois mois en déplacement autour du monde, Japon, Chine, Etats-Unis, Corée, Russie pour la promotion de sa boîte, et la première chose qu’il m’avait annoncée en rentrant, c’est qu’il s’était marié !

            Mais qu’est-ce que j’avais fait au bon dieu pour mériter ça ? Je m’étais fait virer de chez moi quand j’avais annoncé que j’étais gay. Ça, je m’y étais un peu attendu, mes parents étaient très…non, très…Ce n’est pas ça non plus. Je dirais « fermés » pour ne pas être irrespectueux, malgré tout ce que j’avais pu entendre ce jour-là dans la bouche de mon père. Je m’y étais préparé et j’avais donc fait en sorte d’avoir fini mes études, trouvé un job de créatif dans la pub, avant de leur présenter officiellement Mathieu, car ils le connaissaient déjà depuis longtemps.

            Alors, après tout ce temps partagé avec lui, j’avais un peu de mal à intégrer cette information. Marié ? En trois mois ? Avec qui ?

            Un klaxon me fit sursauter. J’étais arrêté en plein milieu de la rue et les voitures attendaient impatiemment que j’ai fini de circuler pour passer. Le feu était vert, et j’eus le droit à un véritable concert.

Je pressais le pas. Je n’avais pas tellement besoin d’arriver en retard au boulot. Il ne manquerait plus que je me fasse virer pour parachever le tableau de ma déchéance.

— Nicolas, vous n’êtes pas en avance !

Mon patron arrivait pile derrière moi. Ça ne s’arrangeait pas.

— Je sais, mais je ne suis pas encore en retard, répondis-je dans un sourire factice. Après tout, j’étais cadre et je faisais suffisamment d’heures sup’ pour qu’on ne vienne pas me reprocher une minute, tant que ça ne bousculait pas l’emploi du temps des autres. Je récupérais mes dossiers et filais en réunion. Je n’avais rien à dire aujourd’hui, ça me permettrait peut-être de réfléchir à la situation.

Installé sur ma chaise aussi confortablement que possible sans paraître pour autant désinvolte, je laissais mon collègue faire sa présentation, après nous avoir présenter la nouvelle collaboratrice, Marion, en charge de créer les événements favorisant le développement de la société. C’était la mode.

La réunion se terminant, elle prit la parole pour expliquer ce qu’elle attendait de nous. Malgré tous mes soucis, je finis par m’intéresser à ce qu’elle avait à raconter. Elle était intelligente, sympathique et très mignonne. C’était bien la première fois qu’une telle pensée sur une femme me traversait l’esprit. J’étais vraiment perturbé.

Je retournais dans mon bureau au lieu d’accompagner mes collègues au self. J’avais vraiment besoin de calme pour réfléchir, et je n’avais pas faim.

Je tournais mon fauteuil vers la fenêtre et regardais Paris, qui s’étendait devant moi. Je soupirais.

J’étais plutôt mal. Si Mathieu s’était marié, il allait forcément me quitter. J’allais me retrouver seul dans notre appartement, sans l’amour de ma vie. Les larmes me montaient aux yeux. Un toc discret à ma porte me fit sursauter. J’essuyais la preuve de ma tristesse d’une main rapide et me tournais de nouveau vers mon bureau.

— Entrez, dis-je le nez penché sur un dossier, que je consultais sans en comprendre un traître mot.

Une tête brune passa dans l’entrebâillement de la porte, je reconnus aussitôt Marion.

.— Vous ne venez pas déjeuner ? demanda-t-elle.

— Je vous remercie, mais pas aujourd’hui, répondis-je poliment. Je n’allais quand même pas tout de suite me la mettre à dos. J’avais déjà suffisamment d’ennemi dans les machos de la boîte. Une femme pouvait toujours devenir mon alliée.

— Je peux… demanda-t-elle alors en désignant la chaise devant mon bureau.

Je haussais la tête pour confirmer, me demandant ce qu’elle voulait.

— Vous n’êtes pas comme les autres, ici, répondit-elle. « Ils sont un peu lourds, si vous voyez ce que je veux dire ».

— Je vois, mais en quoi puis-je vous aider ? demandais-je.

— Si vous me donnez juste une excuse pour ne pas déjeuner avec eux, et qu’éventuellement vous me tenez compagnie, ça sera déjà parfait. Je viens d’arriver à Paris, je n’y connais quasiment personne, conclut-elle avec un sourire.

Malgré mon homosexualité, son sourire remua quelque chose au fond de moi. Je le lui rendis.

— Souhaitez-vous déjeuner, ou préférez-vous rester cachée ici ? demandais-je alors. Je décidais de remettre mes interrogations au soir, lorsque je pourrais avoir des réponses concrètes, Mathieu devant repasser chercher des affaires par la maison.

— Emmenez-moi déjeuner, répondit-elle dans un sourire rayonnant.

Je l’emmenais alors dans un petit resto qui servait des salades composées bios. Son sourire à cette vue me fit vraiment plaisir. Nous avions les mêmes goûts alimentaires. Le repas se déroula dans un dialogue sympathique. Au moment de retourner travailler, elle se pencha vers moi et déposa un baiser mutin sur mes lèvres. Je sursautais, surpris, mais ne dis rien.

Mathieu était passé récupérer ses affaires. Il avait pour ainsi dire déménagé. Il m’accordait pourtant un moment de tendresse à chacune de ses visites, mais quelque chose semblait cassée en moi. Je n’appréciais plus autant ses caresses. Il devait probablement les porter aussi à cette femme, le seul fait de l’imaginer me faisait mal. Il refusait de me la présenter, disant que ça viendrait, mais qu’elle n’était pas au courant pour nous. Je ne comprenais pas où il voulait en venir. J’avais beau lui demander d’être clair sur sa position, il éludait ou se sauvait à chacune de mes questions.

Je voyais ma vie se déliter progressivement, mais il passait presque chaque soir. Seule la stabilité de mon boulot me maintenait à flot, ainsi que mes déjeuners réguliers avec Marion. Elle me rendait le sourire, je ne pensais plus à Mathieu en sa présence. Elle couronnait chaque fin de repas d’un baiser, et si je ne comprenais pas pourquoi, je n’osais pas pour autant lui poser la question. Je commençais à craindre de la faire fuir si je lui avouais toute la vérité, ou si je lui posais la question.

Ca faisait deux semaines que durait ce petit jeu, quand un collègue nous aperçut. Il se mit à rire :

— Alors ça, l’homo qui se tape la petite nouvelle, c’est la meilleur de l’année. Tu caches bien ton jeu, me dit-il moqueur.

Marion me regarda de côté sans rien dire, puis le fusilla du regard. Elle se leva et regagna seule le bâtiment. Personnellement, j’eus le droit aux sarcasmes de notre perturbateur jusqu’à la porte de mon bureau. Heureusement, il avait une réunion, et m’abandonna donc là. J’entrais et m’appuyais dos à la porte les yeux fermés en soupirant de soulagement.

— Tu aurais pu me le dire, dit alors Marion d’une voix douce.

Mon fauteuil pivota sur lui-même. Elle était assise au fond Elle semblait perdue dedans. Sa petite taille la dissimulait aux yeux de tous.

— Te dire quoi ? grommelais-je.

— Que je ne t’intéressais pas.

— Pourquoi mentirais-je ? demandais-je alors. Je fermais ma porte à clef, sentant une grande discussion arrivée. Personne ne pouvait plus nous déranger. Je m’assis sur la chaise qu’elle avait occupée quelques jours plus tôt.

Elle me regardait intensément, cherchant à comprendre ce que je venais de dire. Je n’en savais pas plus qu’elle. Mes pensées chaotiques m’entraînaient de ma relation avec Mathieu, qui prenait l’eau, à ses baisers légers. Je rougis.

Elle se leva et s’approcha de moi. Elle s’assit sur mes genoux et m’embrassa avec passion. Après quelques secondes, je lui rendis son baiser. Essoufflé, je lui pris la tête entre mes mains, son front posé contre le mien.

— Non, je ne peux pas, soupirais-je en pensant à Mathieu. Pourtant, il m’avait trahi. Mais, je n’étais pas comme ça.

— J’ai quelqu’un, repris-je.

Elle redéposa un baiser léger sur mes lèvres avant de se relever.

— Je comprends, dit-elle. Elle regardait Paris par ma fenêtre, et je réalisais alors que je la désirais. Je m’apprêtais à la saisir par la taille pour la ramener vers moi, lorsqu’elle reprit la parole.

— Moi aussi.

Ma main retomba, impuissante.

Mon cerveau entrait en ébullition. Elle m’avait fait des avances alors qu’elle était en couple.

— Je me suis mariée récemment, me dit-elle alors.

Je m’étranglais à moitié, ma gorge laissant échapper un gémissement suraigu.

— Je hais les mariages, soupirais-je alors, repensant à Mathieu.

— Je suis sûre que mon mari voit quelqu’un, me dit-elle alors, en se tournant vers moi pleine d’espoir.

— Je vais demander le divorce, conclut-elle.

— Mon compagnon vient de se marier, il va me quitter, lui répondis-je alors.

Son visage s’éclaira. Elle se dirigea vers la porte, m’embrassant au passage :

— Je te retrouve à 17h30 en bas, me dit-elle.

J’acquiesçais, les idées perdues dans une réflexion sans fin sur ce qu’il m’arrivait. Elle partit sans se retourner. L’après-midi traîna en longueur, mais l’heure de la retrouver arriva enfin. Je l’entraînais chez moi.

Nous étions assis sur le canapé, mal à l’aise, discutant de chose et d’autre, nous volant des baisers à l’occasion, mais sans oser aller plus loin, lorsque la clef de Mathieu tourna dans la serrure. Je me raidis aussitôt.

— C’est lui ? demanda-t-elle doucement.

— Oui, répondis-je alors que la porte s’ouvrait.

— Nicolas, t’es où ? demanda Mathieu

Marion sursauta à cette voix. Elle se leva.

— Dans le salon, répondis-je alors que l’écho de ses pas résonnait dans le couloir.

Il entra dans le salon et se figea.

Je regardais la scène sans comprendre.

— Bonsoir Mathieu, dit Marion.

— Que fais-tu ici ? lui demanda-t-il.

— Et toi ?

C’est là que je compris, et j’éclatais de rire, un vrai rire, pour la première fois depuis le retour de Mathieu. Ils me regardaient, abasourdis. Je me levais, embrassais Mathieu avec fougue puis me tournais vers Marion, qui pâle, me regardait sans vouloir comprendre. Je m’approchais d’elle et l’embrassais à son tour, plus doucement. Mathieu eut un hoquet.

— Donc, pour tout mettre à plat, Mathieu, tu as épousé Marion, sans rien lui dire pour nous, et elle est persuadée que tu la trompes, ce en quoi elle n’as pas tout à fait tort. Déçue, elle s’est tournée vers son nouveau collègue, moi. Je comprends maintenant pourquoi tu l’as épousée, puisque c’est bien la seule femme qui me fasse cet effet-là.

Je les embrassais alors de nouveau, avec tendresse, attendant qu’ils acceptent enfin cette situation. Je n’étais plus l’homme abandonné, ni l’amant potentiel. J’étais, moi, heureux et amoureux de deux êtres qui s’aimaient et m’aimaient. Le jeu pouvait commencer, s’ils l’acceptaient.

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22 septembre 2012

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